Deux choses très différentes
La moisissure est un être vivant. Un champignon, avec un mycélium qui pousse dans le support et des spores qu'il libère dans l'air. Elle a besoin d'humidité, d'une température douce et de quelque chose à manger : poussière, colle de papier peint, peinture, résidus de savon.
Le salpêtre n'est pas vivant. C'est un sel minéral. L'eau qui monte du sol dans le mur dissout les sels contenus dans les matériaux et dans la terre, les transporte vers la surface, puis s'évapore. Le sel, lui, reste et cristallise. Ce n'est pas un organisme, cela ne se « tue » pas.
Les quatre signes qui tranchent
La position sur le mur
Le salpêtre se tient en bas, sur les trente à quatre-vingts premiers centimètres, avec une limite haute souvent horizontale et assez régulière — c'est la hauteur où l'eau finit par s'évaporer. La moisissure, elle, se met plutôt dans les angles, derrière les meubles, en haut des murs, autour des fenêtres, et n'a aucune raison de dessiner une ligne franche.
L'aspect et le toucher
Le salpêtre est blanc, sec, poudreux ou cristallin. Il s'effrite entre les doigts comme du sucre glace, et il crisse. La moisissure est duveteuse ou veloutée, souvent noire, verte ou grise, parfois blanche cotonneuse ; elle s'écrase plutôt qu'elle ne s'effrite.
Le comportement de l'enduit
Le salpêtre pousse l'enduit de l'intérieur. Les cristaux se forment sous la surface et font cloquer puis tomber la peinture et le plâtre en plaques. On voit le matériau se désagréger, pas seulement se salir.
L'odeur
Le salpêtre ne sent rien. La moisissure a une odeur de renfermé caractéristique, souvent perceptible avant même qu'une tache soit visible.
Le cas du « champignon blanc ». Un duvet blanc et cotonneux qui n'est pas poudreux, qui ne crisse pas et qui repousse après nettoyage n'est pas du salpêtre : c'est bien une moisissure, simplement d'une espèce peu pigmentée. La différence se fait au toucher et à la repousse, pas à la couleur.
Pourquoi on les trouve souvent ensemble
Parce qu'ils ont la même origine : de l'eau qui arrive dans le mur par le bas.
L'eau monte, elle dépose du sel en surface en s'évaporant, et elle laisse en même temps un mur durablement humide. Le sel n'intéresse pas le champignon, mais l'humidité si. Résultat classique dans les rez-de-chaussée et les caves : une bande de salpêtre en bas, et de la moisissure juste au-dessus, là où le mur reste humide sans être saturé de sel.
C'est un schéma que nous voyons régulièrement dans les caves de Bordighera, dans le bas de ville de Vintimille, et dans les rez-de-chaussée adossés au terrain à Roquebrune-Cap-Martin.
Ce qui fonctionne sur chacun
Sur la moisissure
Un traitement fongicide qui pénètre le support et détruit le mycélium, appliqué en débordant du contour visible. Le champignon étant vivant, on peut le tuer, et le résultat tient tant que l'humidité ne revient pas.
Sur le salpêtre
Aucun produit fongicide ne sert à rien : il n'y a rien à tuer. On peut brosser à sec et retirer les cristaux, ce qui rend le mur propre pendant quelques semaines. Puis l'eau continue de monter, apporte de nouveaux sels, et le dépôt revient. Le seul traitement durable passe par l'arrêt de la remontée d'eau : drainage, barrière étanche, injection de résine, reprise du pied de mur. Ce sont des travaux de bâtiment.
Autant être clair sur ce que nous faisons et ce que nous ne faisons pas. Nous traitons la moisissure. Nous ne réalisons pas de travaux contre les remontées capillaires : pas d'injection, pas de drainage, pas de reprise de maçonnerie.
Sur un mur qui présente les deux, nous retirons les dépôts et traitons la moisissure, ce qui assainit et fait disparaître l'odeur — et nous vous disons franchement que le salpêtre reviendra tant que la cause structurelle n'est pas traitée, ainsi que le type d'entreprise à contacter. Nous préférons le dire avant l'intervention plutôt que d'encaisser et de laisser la déception venir toute seule.
Comment savoir d'où vient l'eau
Le test du papier aluminium décrit dans notre guide sur la moisissure noire répond à la question en 48 heures et sans matériel : il permet de savoir si l'humidité vient de l'air de la pièce ou du mur lui-même.
Si l'eau vient du mur et que le dépôt est bas et poudreux, vous êtes sur une remontée capillaire. Si elle vient de l'air et que le dépôt est duveteux, vous êtes sur de la condensation et de la moisissure — un problème beaucoup plus facile et beaucoup moins cher à régler.